Mormal, présence d’une résidence

Mormal, présence d’une résidence

Depuis bientôt quinze ans, la Chambre d’eau expérimente sous toutes ses formes, la présence artistique en territoire rural en invitant des artistes à confronter leur démarche de création à un espace de vie.

Au fil des années, le site des Tricoteries, notre lieu de résidence, s'est affirmé dans le paysage artistique. Il est aujourd’hui un lieu permanent de création et de recherche pluridisciplinaires, comme ferment d’une forme différente de développement culturel , mêlant population et territoires en co-construction avec les acteurs territoriaux et associatifs.

La question de la forêt de Mormal a été notre espace commun de rencontres avec Sophie Deballe où la convergence des envies s’est faite jour. La chambre d’eau souhaitait en 2015 approcher, à l’aune de croisements artistiques pluriels, ces hectares de sylviculture comme liens vernaculaires et symboliques, dans cette période de redéfinition territoriale. Moments de l’histoire politique, à l’image des parcours en forêt, entre rigueur et chaos où peuvent naitre tous les espoirs, les pertes et les vicissitudes.

L’accueil de cette résidence artistique, avec l’aide de nos partenaires et financeurs, s’est faite, comme à notre habitude, dans un immense plaisir, de pouvoir encore aujourd’hui, avoir ce privilège d’offrir du temps, plusieurs semaines aux quatre saisons. Ce précieux temps pour vivre ce territoire, tout autant que d’asseoir et construire une problématique photographique.

L’accompagnement du projet s’est déroulé dans un dialogue entre l’artiste et la structure à partir de nos attentes respectives, dans la fébrilité de voir se construire, à petites touches, les sélections successives et apparaître à travers les doutes, l’émergence de directions possibles. S’émouvoir encore de l’image produite où la lumière et la couleur impressionnent nos yeux et nos esprits, en rebondissant sur le ravissement de l’erreur chromatique ou le dysfonctionnement du boîtier de prise de vues comme un champ du possible.

 Au delà d’une construction plastique et graphique, les choix artistiques partagés ont fait émaner, une aura impalpable dans une fantasmagorie visuelle de ces plongées successives en forêt.

Comme nous avons pu le constater dans l’exposition « Mormal, présence d’un paysage », dont ce catalogue est tiré, cette aventure artistique de proximité est loin de n’être qu’une transcendance d’un écosystème végétal. Ce corpus s'est tout autant construit par de nombreuses rencontres d’habitants, natifs ou non de ce massif forestier. Ils sont tous résidents en son cœur ou de sa périphérie, travailleurs ou militants de ses  dédales et ont, de bras en bras, porté le regard de l’artiste avec une envie commune d’immersion et de partage.

De ces conversations est né également un travail photographique de portraits qui laisse, cette fois, la couleur de la flore pour une multiplicité de gris. Ces images ont fait apparaître les traits de ces hommes et de ces femmes dans un jeu du mystique de la courbure des corps, tout en saisissant la jouissance de l’instant.

 

Benoît Ménéboo

Directeur artistique